DÉMOLITIONS À TOGBIN ET ENVIRONS : La promesse de « l’humain au cœur de la gouvernance » à l’épreuve des faits.
Des images de détresse de personnes se présentant comme propriétaires de biens immobiliers à Togbin-Daho circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Elles soulèvent une question préoccupante : comment concilier les impératifs d’aménagement du territoire avec la protection des personnes affectées ? Ces témoignages interpellent Romuald Wadagni, qui a fait de la place de l’humain au cœur de la gouvernance l’un de ses engagements de campagne. L’enjeu est désormais de voir comment cette ambition se traduit concrètement dans la conduite de l’action publique.
Un homme à genoux implore le chef de l’État. « Le président Wadagni, au secours », répète Sylvain Agbotou, présenté comme professeur d’anglais dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. Il affirme avoir consacré l’essentiel de sa vie à un lieu qu’il doit quitter. Une autre séquence montre une dame qui exprime son désarroi face à la perte de ce qu’elle présente comme sa propriété. Elle dit ne plus dormir ni manger depuis plusieurs jours.
Ces témoignages ne suffisent pas à établir les circonstances exactes de chaque démolition, le statut juridique des terrains ou les mesures éventuellement proposées aux personnes concernées. Mais ils donnent néanmoins à voir une inquiétude sociale qui mérite d’être examinée au-delà de l’émotion suscitée par les images.
L’intérêt général ne dispense pas de l’exigence humaine
Le gouvernement justifie l’opération par des impératifs d’aménagement, de prévention des inondations et de protection de l’environnement. Son porte-parole, Wilfried Léandre Houngbédji, a également évoqué publiquement les modalités de rachat des propriétés disposant de documents administratifs en règle lorsqu’elles se trouvent dans l’emprise concernée.
Le débat ne peut donc se réduire à l’opposition entre un État qui aménage et des populations qui refusent de partir. La question essentielle porte aussi sur les conditions d’exécution de la décision publique. Les emprises sont-elles clairement délimitées ? Les personnes concernées ont-elles reçu des informations précises sur leur situation ? Quels délais leur sont accordés ? Quelles voies de recours leur sont accessibles ? Dans quels cas un dédommagement ou une autre forme d’accompagnement est-il prévu ?
Les réponses à ces questions sont déterminantes. Une opération peut poursuivre des objectifs collectifs légitimes tout en produisant des conséquences particulièrement lourdes pour certaines familles. Les prendre en compte ne revient pas à remettre en cause le principe de l’aménagement. C’est examiner la manière dont celui-ci est conduit.
Une promesse politique jugée à l’aune de son application
Pendant la campagne présidentielle, Romuald Wadagni a défendu une gouvernance plaçant l’humain au centre de l’action publique. À Togbin-Daho, cet engagement rencontre une situation concrète : des personnes qui disent craindre de perdre leur logement, leur patrimoine ou leur cadre de vie.
La portée de cette promesse ne se mesure pas seulement aux déclarations prononcées en campagne ou à la proximité affichée avec les populations. Elle se mesure aussi à la capacité des institutions à écouter les doléances, à expliquer les décisions et à apporter des réponses adaptées aux situations individuelles.
Il serait prématuré de conclure, à partir de quelques vidéos, à une contradiction établie entre l’engagement présidentiel et l’action du gouvernement. Les témoignages disponibles ne renseignent pas suffisamment sur les dossiers fonciers des personnes filmées, les démarches qu’elles ont entreprises ou les réponses qu’elles ont reçues. Mais ils justifient que ces questions soient posées et documentées.
Le président n’a pas nécessairement vocation à intervenir personnellement dans chaque dossier. Il lui revient néanmoins de veiller à ce que les principes qu’il défend trouvent une traduction effective dans le fonctionnement des administrations placées sous son autorité.
De la promesse aux garanties concrètes
La réponse à cette situation passe d’abord par la transparence. Les personnes concernées doivent pouvoir connaître les limites exactes des emprises, les motifs applicables à leur propriété, les délais qui leur sont impartis et les démarches possibles en cas de contestation. Les critères d’indemnisation annoncés doivent être compréhensibles, les procédures accessibles et les dossiers traités avec diligence.
Les cas particuliers appellent également une attention spécifique. La situation d’un propriétaire dont les documents sont en règle peut différer de celle d’un occupant dont le statut reste à établir. Un commerçant, un enseignant proche de la retraite ou une famille sans solution immédiate de relogement peuvent rencontrer des difficultés différentes. Une réponse uniforme ne suffit pas nécessairement à résoudre toutes ces situations.
C’est à ce niveau que la promesse de placer l’humain au cœur de la gouvernance prend tout son sens. Non pas dans l’abandon des objectifs publics, mais dans la recherche de solutions qui permettent de les poursuivre sans ignorer les conséquences sur les personnes.
À Togbin-Daho, les images diffusées sur les réseaux sociaux ont rendu visibles des appels à l’aide. Il reste à établir précisément la situation des personnes concernées et à confronter leurs déclarations aux réponses des autorités. L’enjeu est de passer de l’émotion à l’examen des faits, puis des engagements aux mesures effectivement appliquées.
Cette situation offre au chef de l’État un terrain concret pour démontrer la portée de sa promesse présidentielle. La place accordée à l’humain dans la gouvernance se jugera aussi à la clarté des procédures, à la qualité du dialogue avec les citoyens et à la manière dont les difficultés particulières seront prises en charge.



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