Mutinerie à Togbin : ce que révèle le rapport du Gouvernement
La séance a été élargie aux ministres conseillers ainsi qu’au haut commandement des Forces de Défense et de Sécurité.
L’ordre du jour a porté exclusivement sur les événements survenus dans la journée du dimanche 7 décembre 2025.
Selon le point détaillé présenté par le Chef de l’État, le groupuscule de soldats à l’origine de la mutinerie avait planifié de destituer le Président de la République, de soumettre les institutions et de remettre en cause l’ordre constitutionnel établi.
Dans un premier temps, leur stratégie consistait à neutraliser ou kidnapper certains officiers généraux et supérieurs de l’Armée, en raison des fonctions qu’ils occupent au sein des Forces armées béninoises et de l’appareil d’État.
Ils se sont ainsi rendus, vers 2 h du matin, au domicile du Directeur du cabinet militaire du Président de la République, le général Bertin BADA, qui est parvenu à échapper à ses agresseurs. Son épouse a malheureusement été mortellement blessée.
Alerté, le commandement militaire a requis l’appui de la base militaire de Togbin pour soutenir le général BADA. Le manque de diligence constaté a conduit à ordonner au commandant de la base, le colonel Faïzou GOMINA, de s’y rendre en urgence. Une fois sur les lieux, il a été violenté et pris en otage. Il a alors été établi que la mutinerie prenait sa source au sein de cette base.
Parallèlement, les mutins ont pris la direction du domicile du général Abou ISSA, Chef d’état-major de l’Armée de Terre. Après avoir opposé une résistance farouche, celui-ci a été kidnappé un peu plus tard par une équipe se présentant comme un renfort.
À partir de ce moment, la confirmation est faite : la mutinerie émane bel et bien de la base de Togbin.
Les renseignements militaires ont rapidement établi que les mutins avaient quitté la base avec des armes et des engins blindés.
Aux environs de 5 h du matin, ils se sont dirigés vers la résidence du Chef de l’État, où la Garde républicaine, alertée et sous les ordres de sa hiérarchie, les attendait fermement. Un combat intense s’est alors engagé. Les mutins tentaient coûte que coûte de s’emparer du Président de la République. Celui-ci a vécu les affrontements aux côtés des éléments de la Garde républicaine. Les combats ont fait des victimes des deux côtés, avant que les assaillants, débordés par la résistance des soldats loyaux, ne battent en retraite.
Poursuivant leur plan, ils se sont ensuite rendus à la Télévision nationale, qu’ils ont contrôlée pendant un moment, y faisant une déclaration avant d’en être délogés par l’Armée loyale. Pris de panique, ils ont fui en abandonnant certains éléments, qui ont été immédiatement arrêtés.
Cependant, les mutins n’entendaient pas déposer les armes. Ils ont tenté d’ouvrir d’autres fronts, notamment à la base militaire de Togbin, où ils disposaient encore de blindés. L’Armée républicaine, renforcée par les casernes voisines, a alors encerclé la base, rendant impossible tout mouvement. Elle se préparait à lancer l’assaut final.
Mais la base étant située en zone habitée, le Chef suprême des Armées et le commandement militaire ont décidé d’éviter des affrontements à l’arme lourde, susceptibles de provoquer de nombreuses victimes civiles. Des frappes aériennes ciblées et chirurgicales ont donc été ordonnées, sans exposition des quartiers de Togbin et Fidjrossè, ni risque pour les populations ou les militaires.
À cet instant, la coopération sous-régionale s’est enclenchée, sous l’égide de la CEDEAO et à la demande du Bénin. Le Nigeria a apporté son assistance en menant, en fin de journée, des frappes aériennes qui ont immobilisé certains engins blindés.
L’opération s’est déroulée avec succès, sans pertes en vies humaines. Les derniers assaillants, constatant les préparatifs de l’assaut, ont pris la fuite.
Le contrôle de la base a été repris. Une force en attente de la CEDEAO, composée de soldats nigérians arrivés dans la nuit du dimanche au lundi, y est désormais stationnée pour soutenir l’Armée républicaine.
Dans le même cadre de coopération, une force spéciale venue de Côte d’Ivoire est arrivée à Cotonou en fin de journée pour se positionner en vue d’éventuelles actions supplémentaires.
Les officiers supérieurs retenus en otage, le général Abou ISSA et le colonel Faïzou GOMINA, ont été libérés tôt ce lundi 8 décembre à Tchaourou, où les mutins en fuite les avaient conduits et menaçaient de les exécuter.
Compte tenu de la gravité des faits, le Gouvernement a observé une minute de silence en mémoire des victimes, a exprimé son soutien aux blessés, et a ordonné la poursuite des enquêtes afin d’identifier les auteurs et leurs commanditaires et de situer les responsabilités. Il a également demandé l’évaluation des dégâts matériels, y compris ceux subis par des civils, en vue d’une réparation par l’État.
Le Président de la République a remercié le peuple béninois pour son soutien indéfectible et son attachement à la stabilité du pays. Il a salué la loyauté de l’Armée et de ses responsables, et a instruit l’assistance des familles des soldats tombés pour la patrie. Il a également exprimé sa gratitude envers le Nigeria et la Côte d’Ivoire pour leur solidarité.
Enfin, il a invité le Gouvernement et toute la Nation à tirer les enseignements de cette épreuve pour continuer à bâtir un Bénin fort, résilient et respectueux de l’ordre républicain.
Fait à Cotonou, le 8 décembre 2025
Le Secrétaire Général du Gouvernement
Edouard OUIN-OURO
Oscar S. MEDO-ADOKON



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