Avortement sécurisé au Bénin : ce que Google et l’IA montrent… et ce qu’ils ne montrent pas.Entre manque de contenus locaux et réponses générées par l’IA, trouver une information fiable reste un défi.
Que trouve une personne au Bénin lorsqu’elle cherche en ligne des informations sur l’avortement sécurisé, la pilule abortive ou la loi en vigueur ? Une information peut être exacte et utile, mais rester pratiquement invisible au moment où elle est le plus nécessaire. Et lorsque les premiers résultats parlent surtout d’autres pays, sont incomplets ou manquent de contexte, le risque est de repartir avec une réponse imprécise. Pour mesurer ce décalage entre information disponible et information réellement accessible, j’ai mené, une enquête numérique dans Google et dans des outils d’intelligence artificielle comme ChatGPT. Cet audit observe ce qui est visible en ligne à un moment donné ; il n’évalue ni la qualité des services de santé ni l’expérience des personnes qui y ont recours.

Une enquête numérique sur ce que voient réellement les internautes
J’ai reproduit quatre recherches simples, proches de celles qu’un internaute peut saisir : « avortement sécurisé Afrique francophone », « pilule abortive information fiable », « avortement médicamenteux comment ça marche » et « loi avortement Bénin ». Pour chacune, j’ai examiné les cinq premiers résultats Google, soit 20 contenus au total. Chaque résultat a été évalué selon six critères : réponse à la question posée, fiabilité de la source, présence d’une date, exactitude, clarté et disponibilité d’informations utiles pour agir en sécurité, puis a reçu une note globale sur 10 à partir de cette grille. L’objectif n’était pas de mesurer tout Internet, mais d’observer ce qu’une personne voit en premier lorsqu’elle cherche une réponse en français.

Figure 1 — Résultats d’une recherche pratique.
Le premier constat est plutôt rassurant : la moyenne atteint 7,65 sur 10 et 15 résultats sur 20 obtiennent au moins 7. Mais ce bon niveau général masque un problème de proximité. Seulement 10 résultats sur 20 sont adaptés au Bénin ou à l’Afrique francophone. Le décalage est encore plus visible pour les recherches liées aux médicaments : parmi les dix premiers résultats des deux requêtes concernées, aucun n’est spécifiquement béninois ou régional. En complément des quatre requêtes notées, j’ai aussi effectué une recherche ciblée, « médicament pour avortement au Bénin », afin d’observer les suggestions locales affichées par Google ; cette recherche complémentaire n’entre pas dans le calcul des scores. Les recherches associées font ressortir des préoccupations très concrètes : prix en francs CFA, pharmacie, clinique au Bénin, douleur, délai d’action ou signes d’échec. Autrement dit, les internautes cherchent des réponses locales, alors que les premiers contenus proposés ne le sont pas toujours.

Figure 2 — Recherche complémentaire : besoins locaux suggérés par Google au Bénin
L’IA répond vite, mais le contexte peut se perdre
J’ai également examiné les réponses générées par l’intelligence artificielle. Dans cet audit ponctuel, les quatre Aperçus IA de Google obtiennent 6,75 sur 10 en moyenne, contre 8,75 pour les réponses observées dans ChatGPT Search. Ces scores ne permettent pas de classer les deux outils de manière générale : ils décrivent uniquement les réponses obtenues ce jour-là pour les requêtes testées. Ils mettent néanmoins en évidence un enjeu important : une IA peut retrouver une information correcte tout en modifiant une nuance essentielle lorsqu’elle la résume. Pour la recherche sur la loi au Bénin, Google a rapproché « 12 semaines de grossesse » et « 12 semaines d’aménorrhée », alors que la loi béninoise mentionne douze semaines d’aménorrhée [2]. Sur un sujet de santé et de droits, une différence de formulation peut changer la compréhension de l’information. La rapidité de la réponse ne dispense donc pas de vérifier la source, le pays concerné et le texte juridique ou médical de référence.

Figure 3 — Aperçu IA sur la loi béninoise.
Trois leviers pour rendre l’information vraiment utile
Premier levier : produire davantage de contenus adaptés à chaque pays. Les organisations qui travaillent sur les droits et la santé sexuels et reproductifs devraient répondre directement aux questions que les internautes posent réellement : que dit la loi, comment fonctionne l’avortement médicamenteux, quels signes doivent conduire à consulter, où trouver un service compétent et quels sont les coûts documentés localement. Les informations médicales doivent s’appuyer sur des sources reconnues, notamment les recommandations de l’OMS [1]. Un contenu de qualité devient beaucoup plus utile lorsqu’il associe fiabilité médicale et contexte local.

Figure 4 — Aperçu IA sur l’Afrique francophone.
Deuxième levier : rendre la vérification facile. Une page consacrée à un sujet aussi sensible devrait permettre au lecteur d’identifier immédiatement le pays concerné, l’auteur ou l’organisation responsable, la date de publication, la dernière date de vérification et les sources utilisées. Si une loi, un décret ou une recommandation médicale change, l’information doit être actualisée rapidement [2,3]. Cette transparence aide aussi les moteurs de recherche et les outils d’IA à mieux comprendre le contexte du contenu qu’ils reprennent.
Troisième levier : surveiller régulièrement ce que les internautes trouvent réellement. Tous les trois mois, par exemple, une organisation peut refaire les mêmes recherches dans Google et dans quelques outils d’IA, puis relever les informations absentes, les réponses provenant d’un autre pays, les erreurs éventuelles et les sources citées. L’objectif n’est pas d’écrire pour les robots. Il est de vérifier que les bonnes informations restent visibles, compréhensibles et correctement contextualisées au moment où quelqu’un en a besoin [4,5].
Faire de la visibilité une question d’accès à l’information
La visibilité ne devrait plus être considérée comme une étape secondaire de la communication. Dans le domaine de la santé, elle fait partie de l’accès à l’information : produire une donnée fiable, l’organiser clairement, la publier, observer comment elle est trouvée, corriger les erreurs et l’actualiser. Le référencement, ou SEO, et la visibilité dans les outils d’IA servent ici le même objectif : réduire la distance entre une question urgente et une réponse fiable [4,5].
L’action la plus simple consiste à partir des questions que les personnes posent déjà. Chaque organisation qui produit des connaissances sur l’avortement sécurisé peut dresser la liste des recherches les plus fréquentes, puis vérifier si une réponse locale, fiable et compréhensible apparaît facilement. Lorsqu’aucune bonne réponse n’existe, cette absence devrait devenir une priorité de contenu. Publier reste indispensable, mais publier ne suffit pas. Une information de santé publique remplit pleinement son rôle lorsqu’elle peut être trouvée, comprise, vérifiée et utilisée dans le bon contexte [1,4].
Références
[1] Organisation mondiale de la Santé. Abortion care guideline. Genève : OMS ; 2022.
[2] République du Bénin. Loi n° 2021-12 du 20 décembre 2021 modifiant et complétant la loi n° 2003-04 relative à la santé sexuelle et à la reproduction.
[3] République du Bénin. Décret n° 2023-151 du 19 avril 2023 fixant les conditions d’interruption volontaire de grossesse.
[4] Google Search Central. Overview of Search appearance topics. Google for Developers ; 2026.
[5] Aggarwal P, et al. GEO: Generative Engine Optimization. ACM SIGKDD. 2024.
Ghislaine Zinzindohoue



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